En sollicitant les zones du cerveau atteintes après un accident vasculaire cérébral, des exercices de jeu virtuel permettent aux patients de retrouver le contrôle de leurs membres supérieurs. Une approche innovante expérimentée à Barcelone.

À l’hôpital de l’Esperança, près du parc Güell, sur les hauteurs de Barcelone (Espagne), dans la salle de rééducation du service de neurologie, plusieurs victimes d’accident vasculaire cérébral (AVC) échangent en attendant l’heure de leur rendez- vous. « La semaine dernière, j’ai obtenu 400 points avec les balles ! s’exclame fièrement Antonio, 75 ans, à l’adresse de José, son cadet de 10 ans. Et toi, ton score, c’est combien ? » La neurologue responsable du service, Esther Duarte, sourit. Elle connaît l’engouement de ses patients pour cet exercice… virtuel. Les balles dont parle Antonio existent en effet uniquement sur un écran d’ordinateur. Mais l’effort est bien réel pour tous les patients venus consulter pour surmonter les séquelles d’un AVC, allant de la paralysie complète d’un bras (hémiplégie) à une simple faiblesse musculaire (hémiparésie) ou à des troubles de la sensibilité. Autant de manifestations consécutives aux dégâts occasionnés sur des zones du cerveau insuffisamment vascularisées au moment de l’AVC, quand les artères ont été obstruées par un caillot. Des handicaps à l’origine de difficultés quotidiennes pour se laver, se nourrir, s’habiller. Aujourd’hui une victime d’AVC sur trois reste dépendante.

Dans son service, Esther Duarte expérimente depuis plusieurs mois un programme pilote européen de neuroréhabilitation. Appelé RGS (Rehabilitation Game System), il a été conçu et développé par le laboratoire catalan Synthetic Perceptive Emotive and Cognitive Systems (SpECS) à l’université Pompeu Fabra de Barcelone. Quinze ans de travail pour cette « kinésithérapie par réalité virtuelle » qui vise à rééduquer le membre supérieur et qui débute entre le huitième et le quatorzième jour après un AVC, à raison de trois séances hebdomadaires de trente minutes pendant six semaines. Son originalité par rapport à la rééducation « classique » ? « Il s’adapte automatiquement au handicap de la personne, que celui-ci soit mineur ou important, ce qui permet une prise en charge personnalisée, explique Esther Duarte. Mais nous ne l’employons jamais seul ! Il vient en complément de la kinésithérapie traditionnelle qui occupe trois heures quotidiennes pendant trois mois. Des études ont montré que cet ajout se traduisait par 20 % d’efficacité supplémentaire dans le groupe bénéficiant des deux approches. »

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Auteur de l'article original: Syvie Roux-Milliot
Source: Science et Avenir
Date de publication (dans la source mentionnée): Lundi, 21. Novembre 2016
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