Qui soignera notre système de santé ? | Orthomalin

Qui soignera notre système de santé ?

Nicolas Chaze  -  lun, 13/02/2017 - 11:52

AVIS D’EXPERT - Pour le professeur Laurent Degos*, le système de santé français doit être réorganisé, en gardant ses valeurs fondamentales : égalité et solidarité.

Créée en 1945 par Pierre Laroque pour verser des mensualités au chef de famille atteint d’une maladie chronique, l’assurance-maladie solidaire n’était pas conçue à l’origine pour prendre en charge le soin. Or, actuellement, découpée en fonction des différents métiers en trois grandes organisations et en une centaine de régimes spéciaux, 93,5 % de ses fonds remboursent des soins de façon identique pour tous, contre seulement 6,5 % en indemnités journalières, y compris pour les congés de maternité **, de nombreuses assurances complémentaires prenant en charge ce que ne rembourse pas l’Assurance-maladie, ce qui double le poids administratif pour un même résultat.
Au vu des sondages, les citoyens en sont satisfaits. Mais l’assurance-maladie d’origine, fondée sur le principe de la solidarité, résistera-t-elle aux assauts de l’innovation et au poids de plus en plus lourd du coût de la santé? Un premier coup de canif a déjà été porté dans ce contrat social avec les notions de «bouclier sanitaire» et de remboursement des soins selon les revenus du citoyen, amenant à «recevoir suivant ses moyens» et non plus «selon ses besoins». Les allocations familiales ont déjà franchi le pas…

L’innovation bouscule le jeu de quilles fragile du financement solidaire. Le jour où le Sofosbuvir a été disponible, toutes les assurances-maladie solidaires ont dû réagir, sans y être préparées, à la mise sur le marché de ce médicament contre l’hépatite C à raison de 70.000 euros par traitement! Même ensuite revu à la baisse, le choc fut rude… La France décida de rembourser le médicament aux patients les plus gravement atteints, s’attachant au principe de la perte de chance ; l’Angleterre refusa le remboursement au nom du coût d’opportunité, préférant dépenser ces milliards à d’autres fins ; l’Allemagne, elle, accepta ce médicament pour les malades déjà facilement traités par d’autres médicaments! Égalité, utilité, responsabilité… À chaque pays son code de valeurs! La France, attachée à la valeur sociale de l’égalité, a donné à chaque individu ses chances ; l’Angleterre a privilégié la valeur de l’utilité et du rapport coût/utilité défini collectivement ; l’Allemagne, celle de la responsabilité, en l’occurrence celle du laboratoire, qui n’avait fourni de données conformes aux règles en vigueur que pour les malades faciles à traiter… Quelle valeur, révélée par ce choc, sera celle qui dominera l’Europe?
L’organisation des soins sera, elle aussi, forcément touchée de plein fouet. 

(...)

Auteur de l'article original: 
Laurent Degos
Source: 
Le Figaro.fr
Date de publication (dans la source mentionnée): 
Dimanche, 12. Février 2017