INTERVIEW. Où est stocké le vocabulaire acquis  ? Quels sont les effets du bilinguisme ? Xavier Alario est chercheur en psychologie cognitive.

La mémoire nous permet de nous souvenir de tous les mots de notre langue maternelle, et de ceux de plusieurs autres langues chez les polyglottes. C'est grâce à elle que chacun d'entre eux revient, sans effort apparent, au moment opportun. Ou pas. Xavier Alario travaille justement sur la mémoire du langage en général et sur celle des mots en particulier. Mais, contrairement à ce qu'il prône, quand ce chercheur du Laboratoire de psychologie cognitive d'Aix-Marseille université et du CNRS (et codirecteur de la Fédération de recherche comportement, cerveau, cognition) a un mot sur le bout de la langue, il refuse de baisser les bras et de passer à autre chose en attendant qu'il revienne spontanément. Entretien avec un entêté.

Le Point : Quel est le but de vos travaux  ?

Xavier Alario : Nous tentons d'évaluer la connaissance qu'a un locuteur de sa langue, celle qui lui permet de s'exprimer et de la – comprendre. C'est une mémoire à long terme, puisque les mots – sont connus depuis l'enfance, et elle est relativement stable ; mais les recherches sur le langage sont un peu séparées de celles sur la mémoire en général, sans doute en raison de toutes les complexités grammaticales et linguistiques.

Vous étudiez donc la façon dont on se souvient de sa langue, de sa grammaire, de son vocabulaire  ?

De sa langue, si l'on est monolingue, et des différentes langues si on est bilingue, trilingue ou plus… La mémoire est différente en fonction du nombre de langues parlées, car les connaissances ne sont pas les mêmes et leur volume est différent.

Dans nos laboratoires, on peut voir que la connaissance des mots est un peu moins efficace chez les bilingues que chez les monolingues. C'est peut-être lié au fait que, en moyenne, les personnes bilingues passent logiquement moins de temps qu'un monolingue à s'exprimer dans chacune des langues. Étant un peu moins souvent utilisé, le vocabulaire est vraisemblablement un peu moins riche. Par exemple, des mesures fines montrent que les bilingues répondent un tout petit peu plus lentement que les monolingues lorsqu'ils cherchent un mot. Attention, cela se chiffre en dixièmes ou en centièmes de secondes.

Quels sont les effets de l'âge d'apprentissage des langues  ?

Cette question est difficile. Il y a une grande hétérogénéité parmi les bilingues, liée notamment à l'âge d'apprentissage. Les résultats dont je vous parle ont été obtenus chez des bilingues dits précoces, donc qui ont acquis leur seconde langue avant l'âge de 7 ans, et d'autres dits tardifs, de plus de 10 ans. Il est désormais admis qu'il existe une période pendant laquelle l'apprentissage –  (...)

Auteur de l'article original: Anne Jeanblanc - Interview Xavier Alario
Source: Le Point
Date de publication (dans la source mentionnée): Samedi, 31. Mars 2018
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